Revue : LE CANARD PALLIATIF pourvu que ça parle, que ça crée, que ça l’ouvre ! Numéro 1
moi, je jongle avec l’inconnu le déni les incertitudes
Sandrine Baumes Cennet Begdeda Brigitte De Herdt Hélène De San Nicolas René Estéban Nathalie Lantoine Cécile Moulin
Émilie Poumel Catherine Semoud
Cher lecteur, cette revue est le produit d’un désir décidé de soignants qui exercent dans un service de soins palliatifs. Désir de partage en équipe lors d’ateliers d’analyse clinique, puis hors les murs, lors de rencontres professionnelles régionales ou de congrès.
Rien ne nous prépare dans notre vie personnelle, dans nos formations, à ce que nous allons vivre en tant que professionnels de santé. Souvent les affects sont difficiles à gérer. Dans les métiers de l’humain ces moments sont récurrents. Les émotions qui les accompagnent nous submergent. La maladie, les traitements, la chirurgie, nous confrontent à l’angoisse du corps morcelé, du corps qui se dégrade, à l’angoisse de la perte, de la séparation, ce dont on ne veut pas parler mais qui nous saisit dans des effets miroir.
Le silence est une défense qui ne traite pas l’angoisse. Quelque chose se transmet d’inconscient à inconscient. La chose avance à petits pas, dans l’indicible, l’invisible, l’inaudible. Pour s’en dégager, il est vital de trouver un moyen d’expression, support image, écriture ou toute autre forme d’art pourvu que ça parle, que ça crée, que ça l’ouvre ! C’est la condition pour ne pas se transformer en monument invisible.[1] Les questions, les doutes, les impasses font l’objet de cette écriture réflexive qui engage en premier lieu son auteur mais qui concerne également chacune des personnes touchées de près ou de loin par ces enjeux de santé qui animent – ou dévitalisent – notre société du vingt-et-unième siècle.
Cher lecteur, Ne prends surtout pas les témoignages qui vont suivre pour des Vérités avec un grand V. Dans une équipe nous sommes plusieurs impliqués autour d’une même situation, nous ne la voyons pas et ne la vivons pas de la même manière. C’est ce qui va nous permettre d’appréhender la complexité du « prendre soin » du patient, de ses proches, de ses collègues, de soi et de sa propre famille aussi. C’est ce qui fait la richesse d’un travail en équipe à condition de développer un certain savoir y faire avec.
Cher lecteur, Tu n’es peut-être pas soignant mais tu trouveras des échos de ton vécu dans ces histoires de vie. Nous avons tous été projetés dans cette vulnérabilité à laquelle nous confrontent la maladie et/ou la perte d’une personne proche. Et si tu l’es, soignant, nombre de ces situations te parleront. Elles viennent mettre en exergue le décalage entre le métier rêvé, imaginé, et la réalité éprouvée au quotidien. L’épuisement gagne du terrain chaque jour et il faut tenir bon. Alors, si je n’arrive pas à poser mes mots sur mes maux, comment les définir, les affronter, les combattre ? Comment y faire face ? Où me situer ? Comment pouvoir avancer ? Comment continuer à accompagner des patients en fin de vie, et leur famille ? Je me questionne sans cesse et paradoxalement une réponse simple et évidente s’impose. Tant que je me questionne, je ne me perds pas !
Catherine Biat-Semoud et Nathalie Lantoine
- Parution 2024
- 36 pages
- Format : 28,5 x 20,5
- ISBN –


